Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

Une ville en France : la Rochelle, côté face

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En ce mois d’août, j’avais du temps. Je trouvais mes cartes postales d’une ville en France trop centrées sur les cœurs de ville. Alors je suis partie à la découverte des quartiers populaires de la Rochelle pour connaître la ville côté pile et côté face. J’ai marché longuement vers l’est, à travers Villeneuve-les Salines puis vers l’ouest en longeant la corniche et en revenant à travers Port-Neuf. J’ai bouclé la visite en poussant en voiture jusqu’aux deux quartiers ayant fait l’objet d’un programme de renouvellement urbain, Mireuil et Saint-Eloi. J’ai découvert dans ces divers quartiers une ville que je ne connaissais pas, faite – sauf à Saint-Eloi – d’immeubles de grande taille, une dizaine d’étages et de nombreuses cages d’escalier, en général séparés par de très vastes espaces, plus jaunes que verts en cette fin d’été sèche. A Mireuil, les longues barres d’immeubles, donnant directement sur la rue, imposent leur présence et coupent un peu le souffle.

Avec un seul arrêt sur image, il est évidemment difficile de retracer l’histoire du renouvellement urbain. Quelques traits majeurs semblent pourtant émerger :
– la réhabilitation a largement pris le pas sur la démolition et la reconstruction : plutôt « version Gibjoncs », en cours, que « version Chancellerie » ;
– cette réhabilitation des immeubles s’est faite avec une préoccupation évidente de performance thermique et d’amélioration esthétique. On en a profité pour débarrasser les façades des espèces d’ornements mal vieillis des années 70 ou 80. J’espère que ce sera aussi le cas à Villeneuve où j’ai d’abord pris ces ornements pour des échafaudages ;
– plus qu’à Bourges, des équipements publics ont été créés ou reconstruits ou sont programmés pour les prochaines années : centre culturel, salle polyvalente, ludothèque, maisons de santé, … Cependant, vu de l’extérieur, beaucoup d’établissements scolaires mériteraient encore un sérieux lifting ;
– les centres commerciaux de quartier ont été ou vont être pris en compte, avec la reconcentration des activités commerciales sur un espace plus réduit là où elles sont aujourd’hui trop diluées dans l’espace et où elles peinent à être attractives. Sans doute, là aussi, faudra-t-il y revenir ;
– les familles ayant été amené à déménager ont été accompagnées de façon renforcée, pas seulement pour leur logement mais jusque dans leur recherche d’emploi.

Le résultat est frappant : les immeubles restent le mode d’habitat dominant des quartiers populaires. Les repères ne sont pas perdus. L’habitat vertical est aussi, quand on circule à l’écart du centre ville, une forme d’habitat largement présente pour toutes les catégories sociales de la population. Tout un quartier résidentiel est en cours de construction sur le site de l’ancienne caserne. A Bourges, la préférence donnée, dans le cadre du renouvellement urbain, au logement social pavillonnaire a conduit beaucoup de familles à délaisser les immeubles, même rénovés. Il ne semble pas que ce soit le cas ici. Mais ici, la population augmente.

Il faudrait pousser plus loin l’analyse : où et comment se font les parcours résidentiels à la sortie du logement social ? A défaut de trouver une solution pavillonnaire dans un quartier rénové, est-ce que cela induit une plus grande dispersion des habitants originaires des quartiers et une insertion plus complète dans le tissu urbain et social du reste de la ville ? Les familles choisissent-elles de rester dans de l’habitat collectif en accédant à la propriété ? Ce serait à creuser.

La situation est différente sur le quartier, de taille plus modeste, de Saint-Eloi : des démolitions ont eu lieu, des réhabilitations complètes aussi. Là, une reconstruction de pavillons et petits immeubles résolument contemporains, en logement social, accession à la propriété ou construction privée s’insère dans un quartier principalement pavillonnaire.

Je me suis aussi intéressée à la question des liens. À Bourges, les marais, la voie ferrée et la trouée verte forment des frontières mentales bien marquées. A la Rochelle, la mer, les salines et ses lacs, les canaux, la voie ferrée et les nombreux parcs et jardins découpent la ville de façon très étanche. La voirie accentue les coupures. Le quartier de Port-Neuf est séparé du reste de la ville par un grand parc. Celui de Saint-Eloi, par un cimetière. Celui des Minimes, par un bassin du port. Pour aller à Villeneuve, enclavée entre le train, le canal, la rocade et les lacs des anciennes salines, le cheminement piéton est impossible sur une partie du tracé : il faut passer, à pied, en souterrain sous la route, dans un boyau peu avenant. Plus loin, la route, longée par une piste cyclable, dessert deux quartiers, pavillonnaire au nord et de logements sociaux au sud. Les piétons sont invisibles , renvoyés derrière un rideau végétal. Aucune façade de maison ne débouche sur la rue. Comme une ville inhabitée. Ces différentes coupures sont autant de défis à l’unité de la ville. L’habitante que j’aborde dans le quartier de Villeneuve l’exprime à sa façon, comme le feraient beaucoup d’habitants des quartiers nord de Bourges : « Je travaille à la Rochelle (entendez, en centre ville), me dit-elle. Mais je suis de Villeneuve« . Elle y est légitimement attachée : le quartier, en bord de lacs, a quelque chose de champêtre et charmant. De reclus, aussi ? Je ne sais comment la municipalité aborde ce défi.

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