Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

06/11/2018
de irenefelix
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Plan Local d’Urbanisme Intercommunal : est-on à la hauteur des enjeux ?

Le conseil communautaire de ce lundi examinait les orientations à retenir pour le futur Plan Local d’Urbanisme Intercommunal de Bourges Plus. Ces orientations sont rassemblées dans un document appelé Plan d’Aménagement et de Développement Durable, très encadré par la loi.

Que retenir ?

Le plan, assez scolaire, retient cinq axes, que je synthétise : confirmer le rôle structurant de Bourges Plus à l’échelle du Cher ; soutenir le développement économique ; renforcer l’attractivité résidentielle ; améliorer les dessertes du territoire et les conditions de mobilités durables ; poursuivre la transition économique et énergétique du territoire. En apparence, rien que de très consensuel ?

Oui et non : le principal reproche que je fais à ce document, c’est l’ordre dans lequel ces sujets sont traités. La priorité, aujourd’hui, c’est d’affirmer le choix de la transition économique et énergétique. En fixant ce cap, on s’oblige à innover pour assurer « en même temps » le développement des emplois, des logements et des mobilités. C’est possible. Mais c’est perdu d’avance si on n’inverse pas les priorités.

Des exemples : le potentiel économique du développement du pôle de la gare a disparu alors que de nombreux développement insistent sur les souhaits d’extension des zones d’activités économiques à l’extérieur de la ville ; le développement d’emplois de services aux entreprises est escamoté et les opportunités de création de richesses et d’emploi dans l’économie circulaire ou la transition énergétique ne sont pas citées. Dans le domaine du logement, la rénovation dans les centres bourgs est cité comme objectif général, un peu vague, alors que la liste des zones d’aménagement des différentes communes est nommément établie : cela en dit long sur les priorités, dans les esprits et dans les faits. Le développement du « bus à haut niveau de service » en reste au stade des études de faisabilité. On entend « préserver et renforcer l’offre de commerce de proximité » mais aucun levier efficace pour atteindre cet objectif n’est cité.

Le deuxième reproche est l’absence totale de dimension sociale dans les objectifs affichés. Les inégalités d’accès aux services, dus à la géographie, à l’âge, aux ressources, aux handicaps, ne sont pas traitées. Les modalités de prise en compte de « parcours résidentiels des habitants par des logements diversifiés » ne sont pas précisées : compte-on le faire à l’échelle de l’agglomération, avec un risque de ségrégation des populations ? ou à l’échelle de chaque quartier, pour assurer la mixité ? La question n’est pas traitée.

Enfin, nous notons avec beaucoup de circonspection la volonté de protéger les captages d’eau : cette orientation venant en toute fin du document, on craint qu’elle ne pèse pas très lourd quand il faudra arbitrer entre les enjeux …

A suivre, sur un dossier sur lequel, depuis plus de dix ans, les socialistes sont mobilisés.

05/11/2018
de irenefelix
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Eau potable à Bourges : un avertissement !

Nous n’avons qu’une seule planète. Et à Bourges, nous n’avons pas d’autres ressources en eau que celles que nous exploitons déjà. Il serait temps d’en prendre conscience et, pour l’agglomération, d’agir sans crainte de heurter des intérêts publics ou privés.

Le dossier abordé ce soir en conseil communautaire se décline en quatre points :
– nous avons peu d’eau ;
– nous l’avons laissé polluer ;
– les élus de l’agglomération le savent de longue date mais tardent à agir ;
– ils agissent mal.

Nous avons peu d’eau : on le sait depuis des années, depuis que, au début des années 1990, la ville de Bourges a cherché à diversifier ses sources d’approvisionnements d’eau potable. Il lui a alors fallu aller chercher de l’eau dans la nappe d’accompagnement de la Loire, à Herry. On a cherché tout autour de la ville et de l’agglomération. On a recherché récemment. En vain.

Nous l’avons laissé polluer : le captage d’eau de la rue Henri Sellier a été fermé il y a une quinzaine d’années, trop pollué et trop enserré dans la ville pour être protégé. Le captage du Porche, en amont du Val d’Auron, est trop chargé en nitrates pour pouvoir être distribué en l’état. Malgré les progrès réalisés depuis quinze ans, il faut toujours diluer cette eau avec celle de la Loire pour pouvoir en faire usage. Dilution obligatoire aussi pour le captage Saint-Ursin qui nous intéresse aujourd’hui : situé derrière « Carrefour », en bordure des marais, il est trop chargé en solvants organochlorés et parfois en résidus de pesticides pour que l’eau soit distribuée en l’état. Ces deux polluants ont sans doute une origine industrielle ou ferroviaire : à vrai dire, on ne sait toujours pas exactement. Ils se concentrent surtout dans la nappe superficielle du forage qui, pour cette raison, n’est plus exploitée. Mais, comme le forage est mal conçu ou mal entretenu, ils se propagent aussi dans les nappes plus profondes qu’ils polluent aussi. Rien n’a été fait, depuis des années, pour y remédier. Cela coûterait cher. Noter pour corser le tout que les nappes profondes sont, elles, significativement chargées en nitrates d’origine agricole. Le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eau (SAGE) Yèvre-Auron en avait fait un « captage prioritaire ».

Les élus de l’agglomération le savent mais tardent à agir : protéger les captages d’eau potable est une obligation établie par la Directive Cadre sur l’Eau européenne de 1992, retranscrite en droit français à la même date. 1992 : il y a 26 ans ! Le travail de protection a été fait en 1998 pour le captage d’Herry, 2001 pour ceux du Porche et, à Saint-Doulchard, celui du Prédé. Pour Saint-Ursin, rien de tel. On hésite, on tergiverse, on cherche et on recherche une alternative dont on sait, depuis les années 1990, qu’elle n’existe pas. Tant et si bien qu’une première décision de protection n’a été prise qu’en 2009, suivie d’une demande d’avis d’un hydrogéologue, rendu en 2010. Le rapport de l’hydrogéologue dit combien cela va être difficile contraignant, coûteux, heurtant les intérêts des propriétaires fonciers et ceux des collectivités en attente de taxe foncière. Bref, combien il va falloir faire un choix politique. Dès ce moment, il aurait fallu stopper les extensions d’urbanisation de la route de la Charité et encadrer fortement les activités. On a laissé faire, construire encore, réinstaller des ateliers de réparations de véhicules, fonctionner des installations d’assainissement non conformes. On a attendu. Et relancé, finalement, la procédure, en 2016.

Les élus de l’agglomération agissent mal : la procédure relancée, un dossier pour une déclaration d’utilité publique a été déposé. L’avis du commissaire enquêteur est un réquisitoire sévère : imprécisions, oublis, dossier non actualisé, résumé « pas à la hauteur des enjeux », manque de crédibilité de l’agglomération sur les prescriptions proposées, étant donné le peu d’empressement des collectivités communales à faire appliquer leurs propres règlements d’urbanisme, … Il faut donc recommencer : refaire faire – et donc repayer – une étude d’hydrogélogie actualisée, perdre à nouveau du temps.

Notre position est claire. D’abord, un cri d’alerte : nous n’avons pas de deuxième chance. Ensuite, une demande : que le dossier mette en perspective et propose le traitement de l’ensemble des enjeux en amont du captage. Enfin, une exigence : que le temps nécessaire pour présenter enfin un dossier décent et crédible ne soit pas à nouveau mis à profit pour servir des intérêts particuliers. Le gel de l’urbanisation sur les parcelles actuellement libres de constructions doit être l’objectif. Le prochain Plan Local d’Urbanisme Intercommunal doit l’inclure sans délai.