Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

« Nous ne nous tairons plus »

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Elles ont pris la parole ensemble, anciennes ministres de tous bords politiques, pour dénoncer le sexisme en politique et dirent qu’elles ne se tairont plus.

http://www.lejdd.fr/Politique/Face-au-sexisme-17-ex-ministres-lancent-un-appel-Nous-ne-nous-tairons-plus-785525

Je n’aime pas faire le procès d’un homme, quel qu’il soit, avant que la justice ait fait son travail. Il n’est cependant pas besoin d’avoir confirmation ou infirmation des faits qui font l’actualité pour affirmer que le sexisme est lourd dans le milieu politique.

Comme dans tous les milieux d’hommes ? Non : moi qui ai fait toute ma carrière professionnelle dans un autre milieu d’hommes, celui des agriculteurs, je peux affirmer que je n’y ai pas connu – et de loin – la même ambiance. Merci à eux.

Ce dont j’ai été témoin, ce ne sont pas des crimes atroces : « juste des plaisanteries » diront certains ;  « qu’est-ce qu’elle est sèche » diront d’autres – et ils ne le diront, en réalité, pas du tout avec ces mots-là.

C’est cet élu qui ne pouvait s’empêcher de faire un commentaire sur chaque femme passant dans son champ de vision. Commentaire souvent flatteur, cela faisait parti de la drague. Haussements d’épaule, sourires : que faire d’autre en serrant les dents parce que décidément, il serait impossible qu’une femme soit regardée autrement que comme un corps à posséder.

C’est cet autre élu qui répète en boucle – mais enfin, ce n’est pas méchant  … – des propos sur la couleur supposée de vos sous-vêtements.

Celui qui attend que les femmes le serve, demande qu’elles le fassent, se vante quand elles l’ont fait – et elles le font bien trop souvent -.

Celui – ils sont nombreux en politique – qui a besoin de toucher – palper – ses interlocuteurs : le bras ou l’épaule pour un homme, la taille, forcément la taille, pour une femme.

Celui, oh, un homme très respecté, qui rit gras à chaque fois qu’une allusion ou une association d’idée un peu salace se présente. Et à force, ça lasse.

Celui qui refuse un rendez-vous sollicité par la voie des secrétariats mais s’empresse de vous inviter à le contacter personnellement.

Tous ceux bien sûr, qui ne supportent pas qu’une femme soit déterminée, défende des idées et, pire, ait de l’ascendant. « Pas commode », « sale caractère », « agressive » : pour l’une ou pour l’autre, tout y passera.

Alors oui, lassées d’avoir à rire de nous-mêmes, nous, femmes politiques, devons souvent mettre de la distance.

J’ai témoigné sur ce blog de la façon dont s’était déroulé, en ce début 2016, les débats autour du rapport sur l’égalité entre les hommes et les femmes à l’agglo et à Bourges. Alors que le rapport et les débats étaient de qualité à l’agglo, j’ai dit combien le Maire de Bourges avait été odieux vis-à-vis de femmes conseillères municipales lors de la réunion où le rapport a été examiné. Je l’avais alors sévèrement repris. Mais je n’ai rien dit de la façon dont le même débat avait eu lieu au conseil départemental. Parce qu’à l’occasion de la présentation du rapport, faite à la va vite, les rires gras étaient venus d’abord des bancs de la gauche. Je me souviens avoir glissé à mon voisin : « j’ai taclé Blanc pour moins que ça ». Mais je n’ai rien dit : ni en séance, ni sur ce blog. Trop honte.

Nous ne devons plus nous taire.

Et je salue ici l’immense majorité des hommes qui sont, c’est heureux, des collègues, des camarades, des compagnons ou des complices partageant le même souci de respect, d’égalité et de fraternité.

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