Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

La droite, ça ose tout, …

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Bon, alors, dépense-t-on trop ou pas assez dans le Cher ? Est-ce l’excès comme disent les uns ou l’austérité comme le dénoncent les autres ?

Des classements divers et parfois très orientés ont été publiés : dans l’un (BFM Business), nous serions le plus mauvais département de France ; dans l’autre (contribuables associés, pas précisément un organe de gauche), nous serions très proches de la moyenne. Ce seul constat devrait conduire tous les commentateurs à être extrêmement prudents. Si on peut, par différentes méthodes, classer le Cher tout en bas ou dans la moyenne, il y a sûrement une façon de le classer tout en haut. Cela dépend des critères qu’on choisit. Et cela est tout sauf neutre. C’est très politique.

Pour contribuables associés, c’est simple : c’est la dépense par habitant qui compte. Pour cela, une note moyenne nous est attribuée (9/20) : nous sommes très proches de la dépense moyenne (plus précisément médiane) de l’ensemble des départements qui nous donnerait une note de 10/20. Ni plus, ni moins. Pas de quoi faire hurler les loups.

Pour l’autre, qui se fonde sur un joyeux (mais détestable) mélange de critères contradictoires, nous serions très mauvais. Mais ce classement mélange tout.

Il prend en compte l’ensemble des dépenses de fonctionnement du département sans considérer que pour une large part, ces dépenses dépendent de la situation démographique et sociale du Cher et qu’elles sont obligatoires : aides aux personnes âgées en premier lieu, aides aux personnes handicapées, aides sociales. Un département où les gens sont plus âgés qu’ailleurs dépense plus : il sera forcément mal noté ! On les invite à en discuter avec leurs grands-mères …

Il prend en compte les dépenses de personnel et considère que la bonne gestion, c’est la baisse du nombre de fonctionnaires. Ah bon ? Evidemment, chaque service doit être organisé efficacement et utilement et nous avons beaucoup travaillé en ce sens. Mais diminuer le personnel pose problème si cela remet en cause la qualité du service rendu aux familles et aux habitants (sécurité du réseau routier, protection de l’enfance, paiement des dossiers d’aide aux personnes âgées, instruction des dossiers pour les personnes handicapées, …) : il faut y veiller. Quand le conseil général du Cher maintient 59 lieux de permanence sociale sur le Cher, il offre un véritable service public quand tant d’autres ont déserté (CPAM, CAF, caisses de retraite, services bancaires, Poste, …) : en milieu rural, tous les Maires et les habitants apprécient ce maillage.

Et puis, n’en déplaise aux idéologues, faire travailler le service public est souvent moins coûteux que d’externaliser vers le privé. En réinternalisant la gestion des fonds sociaux, l’accompagnement éducatif de certaines familles, l’accompagnement social pour la gestion budgétaire – c’est prévu à partir du 1er juillet 2015 -, l’entretien des locaux, … nous avons fait et nous ferons gagner au Conseil général beaucoup d’argent.

Il faut enfin noter que dans le Cher, le Centre de l’enfance est un service du Conseil général quand, dans d’autres départements, le Conseil général paie la prise en charge des enfants dans un établissement souvent associatif. C’est un héritage « historique » que nous n’avons pas remis en question. Cela représente des postes de fonctionnaires en plus. Est-ce mal ? Le coût à la place du Centre de l’Enfance du Cher revient moins cher qu’ailleurs pour une qualité de la prise en charge qui est désormais bonne.

Pour les routes et les collèges, le classement s’autorise un calcul qui mélange dépenses de fonctionnement et dépenses d’investissement considérées sur une seule année. Or selon les investissements faits, c’est un secteur ou un autre qui va apparaître dépensier ou au contraire économe. Cette année, nous bouclons la rocade nord-est de Bourges : nous avons dépensé pour les routes et cette dépense est jugée bonne. Mais nous avons peu réinvesti sur les collèges, le gros de l’investissement devant intervenir l’an prochain avec la reconstruction du collège de Sancerre : nous sommes donc mal notés. La rigueur, ce serait de lisser les dépenses d’investissement sur plusieurs années.

Sur le montant des impôts locaux, on peine à comprendre le classement proposé. Pourquoi le fait qu’un département percevrait moins d’impôt serait-il forcément une bonne chose ? Le montant perçu par le département dépend très largement de sa richesse. Il suffit pour s’en convaincre de constater que les recettes les plus élevées (445 €/habitant) sont observées dans les Hauts-de-Seine. On aimerait que le Cher soit dans la même situation … qui dégraderait sa note !

Pour notre département, le montant des impôts locaux retenu dans l’étude est inexact : pour comparer des choses comparables, il faut ramener le niveau de l’imposition dans le Cher à 342 €/habitant* ! Dans ces 342 €, on trouve des impôts payés par les familles propriétaires (pour rappel, les locataires ne paient AUCUN impôt local au Conseil général), des impôts payés par les entreprises du Cher – impôts fixés par la loi, sur lesquels le Conseil général n’a rien à dire – et des impôts payés par des entreprises dans d’autres départements et redistribués pour compenser le faible niveau de recettes dans les départements plus pauvres comme le Cher. Pour les ménages, la réalité, c’est que le Cher est, parmi les départements de taille comparable, celui dont le taux de l’impôt sur le foncier bâti (impôt payé par les seuls propriétaires), est le plus faible. C’est le seul point sur lequel l’Assemblée départementale est appelée à se prononcer : faudrait-il encore baisser ce taux ? J’en doute, sauf à manquer d’ambition pour notre département.

Terminons sur le taux d’endettement. Il a augmenté au cours des dernières années, alors que les taux d’intérêts sont très bas. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose pour autant que le montant reste raisonnable. Il l’est : 750 €/habitant quand Bourges, faut-il le rappeler, affiche plus de 2000 €. Pour autant aussi que l’investissement effectué soit utile. Et je crois qu’il a été utile d’améliorer le débit internet à travers tout le Cher ; de rénover les maisons de retraite ; d’équiper les collèges ; d’entretenir correctement les routes ; de contribuer à l’équipement de nos communes et aux investissements des entreprises ; …

Alors que conclure :

–  que le service public nous est indispensable et que c’est ce qui permet à notre société de fonctionner en réduisant les inégalités. Nous sommes fiers du service apporté aux habitants du Cher ;

– que la dépense publique est une chose sérieuse, qu’il faut utiliser avec rigueur et précision, avec ambition pour notre département mais sans fastes ni paillettes : il y a suffisamment d’exemple d’équipements surdimensionnés autour de nous pour que nous restions vigilants ;

– qu’avant de hurler en meute, la droite locale ferait bien de balayer devant sa porte. Alors que la ville de Bourges, gérée depuis 20 ans par la droite est exsangue, que les société et office HLM gérés par la ville sont aussi au bord du gouffre, que des hausses d’impôt ont été décidées par le Maire de Bourges (mais aussi par des collectivités rurales, par exemple en Sologne), la droite locale ose attaquer notre gestion.

« La droite, ça ose tout : c’est d’ailleurs à ça qu’on la reconnaît », pourrait-on dire, en parodiant les Tontons flingueurs. Et ce n’est pas, précisément, un compliment !

 

* : en effet, dans le Cher, un impôt sur les cotisations d’assurances (TSCA) a été affecté sur une mauvaise ligne comptable et est improprement inclus dans ce calcul. La correction comptable, qui a été demandée par le Payeur départemental,  ramènera le montant affiché de l’impôt à 342 €/habitant.

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