Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

Henri Emmanuelli

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Le décès d’Henri Emmanuelli ne marque pas seulement la fin de la vie d’un homme, socialiste, rigoureux et sincère. Il marque aussi la fin d’une époque.
Je veux livrer ici quelques souvenirs, ceux d’une militante qui ne s’est jamais retrouvée explicitement dans son courant mais qui l’a toujours observé et écouté avec attention et respect. Et plusieurs fois rejoint.

L’histoire du PS, c’est, se différenciant en cela du Parti Communiste Français, l’histoire d’une confrontation entre l’idéal et le réel, la recherche incessante des modalités permettant à la gauche d’exercer le pouvoir pour changer la vie des gens modestes. Cela impose, parfois, des compromis. La vie politique d’Henri Emmanuelli se confond avec celle de l’exercice du pouvoir par la gauche. Il savait le compromis nécessaire. Il le voulait exigeant.

L’histoire du PS, c’est aussi celle du débat, de la dispute, entre ceux qui croyaient à l’Etat et ceux qui y croyaient moins. Parmi ces derniers, certains privilégiaient le mouvement syndical, d’autres, les formes diverses de société civile – on dirait aujourd’hui de participation citoyenne. C’est toujours vrai aujourd’hui.
Emmanuelli était des premiers, comme l’avait été Mitterrand.

En 1994, Henri Emmanuelli devient premier secrétaire du PS, appuyé par tous les mitterrandistes. Comme la très grande majorité des socialistes, je vote en conséquence pour lui au congrès qui suit, qu’il avait voulu à Liévin, ville ouvrière emblématique du Pas-de-Calais. Vote que je renouvelle à l’occasion de la désignation du candidat PS pour l’élection présidentielle de 1995. C’est Jospin qui est alors désigné. Pour l’anecdote (mais elle n’en est pas vraiment une), la longue série des élections présidentielles pour lesquelles le candidat du PS n’est pas le mien commence.

Emmanuelli s’ancre progressivement à la gauche du PS où il accueille la génération qui suit. Nos courants de pensée se croisent à nouveau en 2005 pour combattre le projet de traité constitutionnel pour l’Europe. L’histoire nous a donné raison. Ce qui a été évité à ce moment-là est ce qui permettra, je l’espère, de sauver l’Europe demain : la possibilité de mettre en place des coopérations renforcées entre états sans s’en remettre à une unanimité introuvable.

Mais Henri Emmanuelli n’oublie pas de défendre, face aux plus jeunes, l’unité des socialistes. Ainsi, quelques mois plus tard, en novembre 2005, il impose à son courant la « synthèse » avec le courant hollandiste pour préparer la présidentielle de 2007. Je vois encore, au Mans, la table de la commission des résolutions actant, vers 3 heures du matin, cette synthèse (le courant fabiusien fera de même). Seul Montebourg fait sécession et entame un parcours en solitaire.

Je me souviens enfin, au bureau national du PS où je siégeais au début des années 2000, de son engagement sur les questions internationales et son soutien aux leaders socialistes des pays du sud.

Sens de l’Etat mais aussi présidence éclairée du conseil général des Landes, positions exigeantes mais sans renoncer à exercer le pouvoir, colères mémorables mais préservation attentive de l’unité des socialistes : avec son décès, nous perdons une façon d’être socialiste, de celles qui nous ont menés à la victoire. Et, je le crois, à être utiles. Comme ce temps semble derrière nous.

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