Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

Conseil municipal : rétablir la vérité des chiffres

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Au conseil municipal de ce soir, nous avons surtout parlé de chiffres. Une délibération nous était présentée pour ajuster à la marge le budget de la ville. J’ai saisi cette occasion, au nom de notre groupe, pour revenir sur deux points.

Les impôts locaux d’abord : le budget 2015 est bouclé avec une augmentation sensible des impôts locaux des Berruyers : +83 € par foyer sur la taxe d’habitation. Au moment où chacun reçoit sa feuille d’impôt, il me semblait utile de rappeler – et une nouvelle fois dénoncer – cette décision prise par la majorité municipale, à rebours de toutes ses déclarations de campagne. Cela fait 2,7 millions d’euros de plus pour le budget municipal.

La réalité des baisses de dotations de l’Etat ensuite : oui, l’Etat réduit le montant des dotations données à la ville. Mais cela ne correspond pas du tout « à la situation d’un ménage qui perdrait 30 % de ses revenus d’un coup« , comme le Maire tente de nous le faire croire dans le dernier numéro des Nouvelles de Bourges. Quelle est la réalité ? Le budget de fonctionnement de la ville, ce qui sert à payer les agents, le chauffage dans les bâtiments, l’entretien de la voirie, le soutien aux associations, l’éclairage public, les crèches, … se monte à un peu moins de 100 millions d’euros (90 plus précisément). Le « revenu » de la ville, c’est donc 90 millions d’euros pour son fonctionnement chaque année (et des sommes en plus pour l’investissement, c’est à dire les grands travaux). Ce revenu est composé de recettes d’impôt, de ventes de prestations (locations de salles, cantines, …) et de dotations de l’Etat. Le montant 2014 de l’ensemble des dotations de fonctionnement de l’Etat était de 19,029 millions d’euros. Le montant 2015 de 17,314 millions soit une baisse de 1,715 millions d’euros. Cette baisse représente 1,9 % du « revenu » de la ville (1,715/90). C’est évidemment une somme conséquente, qui exige de s’adapter, mais on est loin, très loin des 30 %.

Cette baisse, nous dira-t-on, va s’accentuer. C’est vrai. Elle devrait atteindre en moyenne, nous dit le Maire, 3,3 millions d’euros par an pour les quatre années en cours. Retenons ce chiffre : 3,3 millions sur 90 millions d’euros de budget par an, cela fait 3 %, sûrement pas 30 % !!

Et c’est alors que le Maire invente un argument pour lequel on recalerait n’importe quel élève d’école primaire à un examen : oui, dit-il, mais sur dix ans, en cumulant les pertes annuelles, on atteint 30 millions de recettes en moins pour la ville. Et il continue : 30 millions sur 90 millions de recettes annuelles, cela fait 30 %. Elève Blanc, un peu de sérieux : sur dix ans, le « revenu » de la ville n’est pas de 90 millions mais une somme qui approche les 90/an x 10 ans = 900 millions d’euros. 30/900, cela fait toujours 3 %. Et sûrement pas 30 %.

La morale de cette histoire est double : le Maire a choisi un discours très alarmiste pour tenter de cacher la responsabilité de la droite depuis vingt ans à Bourges et préparer la population et les entreprises à l’abandon de nombreux programmes et peut-être à de nouvelles hausses d’impôts. C’est excessif. Mais surtout, en brandissant des chiffres faux – ce que tout un chacun peut vérifier et aisément recalculer -, il discrédite la parole publique, il abaisse le débat politique, il abîme la démocratie. C’est peut-être le plus grave reproche que l’on puisse lui faire.

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