Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

Audit financier de la ville : une confirmation

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L’audit financier de la ville, présenté ce soir en commission générale du Conseil municipale de Bourges – c’est à dire à huis clos -, confirme l’analyse que nous faisons depuis plusieurs années. La situation est très dégradée.

– depuis 2008, la perte population pèse très lourd sur la baisse de dotations de l’Etat (l’aide de l’Etat à la ville),

– avec 148 millions d’euros d’encours de dette, la ville est très endettée, surtout depuis les trois dernières années,

– le retard pris pour faire de l’agglomération Bourges plus un véritable outil commun à Bourges et ses voisines, est un handicap sévère. Des charges qui devraient être aujourd’hui portées collectivement à l’agglo pèsent encore trop exclusivement sur Bourges.
Bref, pour reprendre les termes de l’auditeur, la situation financière de la ville « tire son origine de facteurs exogènes mais surtout endogènes ». En clair, ce n’est pas « la faute à l’Etat » si la situation de la ville est difficile mais avant tout « la faute à la ville et à l’agglomération ». On nous avait pris de haut quand nous faisions cette analyse. Que ne l’ont-il faite plus tôt !
L’auditeur rappelait, à raison, que si les dotations de l’Etat à la ville ont baissé, elles restent néanmoins plus élevées que les dotations par habitants versées par l’Etat à d’autres villes de même taille.
En gros, le chiffre annoncé, c’est encore 6,5 millions d’économies à faire d’ici la fin du mandat. Chiffre qui ne veut pas dire grand chose dès lors qu’on ne sait pas sur quels objectifs il est calculé. Mon expérience au conseil départemental me fait penser qu’il y a dans tout cela une grande part de communication, tant en direction de la majorité municipale (au sein de la droite, donc), qu’en direction de la population (« regardez comme c’est difficile et comme moi, Maire de Bourges, je vais m’en sortir »). De ce que nous en avons vu, les dépenses d’investissement seraient assez drastiquement baissées sur les prochaines années … pour remonter en années électorales.
Les commentaires de l’auditeur donnaient une idée des pistes explorées par la majorité municipale pour corriger le tir : une augmentation de la fiscalité – rappelons qu’elle a déjà eu lieu avec la suppression de l’abattement général à la base, soit 80 € en plus payés par tous les foyers berruyers qui s’acquittent de la taxe d’habitation depuis l’automne 2015 – ; une augmentation des tarifs, qui reste marginale sur le budget ; un transfert plus fort des compétences vers l’agglomération. Pour ce dernier point, cela prend du temps.
Difficile de prédire ce soir les décisions qui seront prises par le Maire : après la très forte augmentation d’impôts en 2015 (2,7 millions d’euros en plus pour la ville), qui répond à l’urgence et règle une grande part des problèmes sur la durée, augmentera-t-il encore les impôts en pariant, comme Serge Lepeltier l’avait toujours fait, sur l’oubli par la population d’ici les prochaines élections ? Ou fera-t-il preuve de plus de mesure ? Réponse dans quelques jours.
Quelques chiffres :

le taux d’épargne brute (recettes réelles de fonctionnement – dépenses réelles de fonctionnement/recettes réelles de fonctionnement) est actuellement de 8 %. On considère que la « cible » devrait être de 10 % et que ce taux ne doit jamais descendre en-dessous de 7 %. S’il n’y a pas de correction faite sur le budget, il deviendra rapidement nul.

le stock de dettes : à Bourges, 148 millions d’euros, un en cours de dette élevé par rapport à des villes de même taille.

la capacité de désendettement : il faudrait 19 ans, dans les conditions actuelles, pour que la ville rembourse sa dette. On considère que l’alerte est donnée quand cette durée dépasse 10 à 12 ans et qu’une durée de 15 ans devrait être une durée maximale. Dans les simulations faites pour le cas où la ville ne corrigerait pas le tir, cette durée de désendettement s’envole de façon considérable, pour atteindre plus de 65 ans en 2020 ! Pur effet d’annonce : ce sont des choses qui n’arrivent jamais, tout simplement parce qu’on réagit en général avant.

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