Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

17/08/2017
de irenefelix
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Une ville en France : Lorient

Lorient : 58000 habitants, en baisse. Lorient agglomération : 25 communes, 200 000 habitants.

Plus encore que dans d’autres villes, mon passage à Lorient, entre deux rendez-vous agricoles, aura été très rapide. Je n’étais jamais venue dans ce port breton marqué par la construction navale de défense et la pêche à la langoustine. Comme Brest, Lorient, totalement détruit pendant la guerre, a connue les baraquements et une reconstruction complète qui donne au centre ville une unité certaine. Les mêmes partis pris – que l’on retrouve aussi à Caen ou au Havre – fondent la ville et marquent l’époque moderniste et rationaliste des années d’après-guerre et l’urgence de la reconstruction : un plan régulier, des immeubles avec façades alignées sur la rue et de hauteur homogène, auxquels se sont ajoutés, en périphérie, quelques immeubles de plus grande hauteur. Au cœur de la ville, on a parfois joué des courbes pour mettre en valeur les bâtiments, dans les façades ou dans les tours d’angle. Le béton, uniformément peint en blanc, rend la ville lumineuse. Cette grande unité ne manque pas de caractère.

A l’ouest, les communes adjacentes prennent leur aise dans des espaces pavillonnaires largement aérés. La question de l’étalement urbain se pose ici, comme dans toute la Bretagne.

Je retiens au vol trois idées.

Malgré une activité soutenue à bout de bras par les responsabilités nationales de Jean-Yves Le Drian, l’homme fort de la région, la reconquête des terrains militaires est, comme ailleurs, à l’ordre du jour. L’immeuble de Lorient agglomération, un bâtiment résolument moderne, a été construit sur le quai du Péristyle, un espace autrefois militaire, face à la mer. Un immeuble d’habitation et de commerces lui répond. La promenade, ouverte au public, est belle. Ne jamais laisser de friches s’installer en cœur de ville me semble une règle importante.

Deuxième constat : la place des transports en commun dans l’espace urbain. Pour le visiteur de passage, cela donne un peu le tournis de trouver son chemin entre les couloirs de bus, les circulations piétonnes et les pistes cyclables. Autant dire que le résultat attendu est atteint : affirmer la place des transports alternatifs à la voiture dans la ville. Le réseau de transport de cette agglomération comprend 28 lignes terrestres dont certaines en site propre et 4 liaisons maritimes.

Troisième constat : je passe à quelques jours du coup d’envoi du Festival Interceltique de Lorient. Nous échangeons avec mes interlocuteurs sur ce qu’apporte le festival à la ville, la fierté, la notoriété, la jeunesse. Le parallèle avec Bourges et son Printemps s’impose. Mais ici, sans doute plus qu’à Bourges, l’engagement associatif et populaire autour du festival semble fort. C’est d’ailleurs le cas, me dit-on, de la plupart des festivals musicaux bretons (Vieilles Charrues, festival du bout du monde, …).

Dernière remarque : ici, on a su aller chercher et tirer parti des fonds européens. Pour cela, il n’est pas indispensable d’être bien placé. Mais il est absolument nécessaire d’être curieux.

09/08/2017
de irenefelix
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Une ville en France : Brest

Brest 140 000 habitants. Brest métropole, 8 communes, 207 000 habitants.

J’ai revendiqué la subjectivité de mes cartes postales, d’une ville en France. Pour Brest, elle sera totale. J’ai pour ma ville natale une affection toute particulière et je m’attarde sur la beauté de chaque angle de rue là où des yeux moins bienveillants pourraient passer leur chemin. Brest, sa rade, ses ports, ses camaïeux de gris et de bleus sur terre sur mer et dans le ciel, ses alignements d’immeubles reconstruits après guerre dans une ville dévastée, ses cours et squares où je jouais enfant, son château, son arsenal. Brest, son air chargé de vent, d’eau douce et d’embruns salés, brillant sous un soleil franc et direct comme les hommes le sont ici. Brest, son service des phares et balises où travaillait mon père et dont le nom est à lui seul une promesse d’aventure. Brest, une ville qui a su au cours des dernières décennies se moderniser sans cesse pour conjurer le sort que sa position extrême, au bout du continent, aurait pu lui destiner. « Brest même« , comme on dit ici.

A Brest, le parti pris, de tout temps, c’est la mer. En trente ans, la ville aura réinvesti tous ses ports pour en renouveler l’attrait et les ouvrir à tous.

En 1990, c’est au pied du port de plaisance, au Moulin blanc qu’a été créé Océanopolis, ambitieux centre de culture scientifique consacré à la mer. C’est ensuite sur les quais du port de commerce, autrefois réservés aux gens de mer que, dans un décor de grues jaunes et bleues et de bateaux en cale ou à quai, se sont mêlés restaurants, commerces et entreprises. Ce site accueille, tous les étés, les « jeudis du port« , avec concerts et arts de la rue.

Aujourd’hui, c’est à Recouvrance, du côté du port militaire et de l’arsenal, que les changements sont en cours avec la transformation d’anciens ateliers en centre culturel et économique. Le projet est, sur un même lieu, d’accueillir jeunes pousses et événements culturels. Enfants et adolescents se sont déjà approprié les vastes espaces des ateliers pour des exploits à trottinette ou pour s’asseoir librement derrière un piano. Les entreprises commencent à investir le lieu. Situés sur la rive occidentale de la rivière la Penfeld, dans un quartier jusqu’alors peu accessible, les ateliers des Capucins doivent ouvrir le chemin à une réhabilitation du quartier qui les accueille, un quartier populaire vieillissant.

Un peu en aval, on traverse la Penfeld par le pont de Recouvrance où passent auto et tram. Plus en amont, le pont de l’Heurteloire est réservé aux voitures. Entre les deux, la métropole a choisi de construire un téléphérique. Pour 1,5 €, avec correspondance sur les réseaux de bus et tram, il relie le bas de la rue de Siam, principale rue commerçante de la ville, avec le nouveau centre. Vue exceptionnelle sur la rade : rien que pour cela, prendre le téléphérique vaut le voyage.

Ce que j’en retiens : la mise en valeur affirmée des atouts de Brest, c’est à dire de ses ports ; le renouvellement continu de l’offre qui s’y attache avec un parti pris de multifonctionnalité ou, pour employer le vocabulaire en vogue, d’hybridation ; et des modes de liaisons ambitieux pour garantir la mobilité dans la ville.

Il faudra suivre sur le moyen terme les effets de ces nouveaux équipements sur le quartier de Recouvrance : auront-ils réussi à en changer la vie sans en exclure les habitants historiques ? On le souhaite, évidemment. L’avenir le dira.