Irène Félix

Conseillère départementale du Cher, Conseillère municipale de Bourges

26/03/2017
de irenefelix
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Henri Emmanuelli

Le décès d’Henri Emmanuelli ne marque pas seulement la fin de la vie d’un homme, socialiste, rigoureux et sincère. Il marque aussi la fin d’une époque.
Je veux livrer ici quelques souvenirs, ceux d’une militante qui ne s’est jamais retrouvée explicitement dans son courant mais qui l’a toujours observé et écouté avec attention et respect. Et plusieurs fois rejoint.

L’histoire du PS, c’est, se différenciant en cela du Parti Communiste Français, l’histoire d’une confrontation entre l’idéal et le réel, la recherche incessante des modalités permettant à la gauche d’exercer le pouvoir pour changer la vie des gens modestes. Cela impose, parfois, des compromis. La vie politique d’Henri Emmanuelli se confond avec celle de l’exercice du pouvoir par la gauche. Il savait le compromis nécessaire. Il le voulait exigeant.

L’histoire du PS, c’est aussi celle du débat, de la dispute, entre ceux qui croyaient à l’Etat et ceux qui y croyaient moins. Parmi ces derniers, certains privilégiaient le mouvement syndical, d’autres, les formes diverses de société civile – on dirait aujourd’hui de participation citoyenne. C’est toujours vrai aujourd’hui.
Emmanuelli était des premiers, comme l’avait été Mitterrand.

En 1994, Henri Emmanuelli devient premier secrétaire du PS, appuyé par tous les mitterrandistes. Comme la très grande majorité des socialistes, je vote en conséquence pour lui au congrès qui suit, qu’il avait voulu à Liévin, ville ouvrière emblématique du Pas-de-Calais. Vote que je renouvelle à l’occasion de la désignation du candidat PS pour l’élection présidentielle de 1995. C’est Jospin qui est alors désigné. Pour l’anecdote (mais elle n’en est pas vraiment une), la longue série des élections présidentielles pour lesquelles le candidat du PS n’est pas le mien commence.

Emmanuelli s’ancre progressivement à la gauche du PS où il accueille la génération qui suit. Nos courants de pensée se croisent à nouveau en 2005 pour combattre le projet de traité constitutionnel pour l’Europe. L’histoire nous a donné raison. Ce qui a été évité à ce moment-là est ce qui permettra, je l’espère, de sauver l’Europe demain : la possibilité de mettre en place des coopérations renforcées entre états sans s’en remettre à une unanimité introuvable.

Mais Henri Emmanuelli n’oublie pas de défendre, face aux plus jeunes, l’unité des socialistes. Ainsi, quelques mois plus tard, en novembre 2005, il impose à son courant la « synthèse » avec le courant hollandiste pour préparer la présidentielle de 2007. Je vois encore, au Mans, la table de la commission des résolutions actant, vers 3 heures du matin, cette synthèse (le courant fabiusien fera de même). Seul Montebourg fait sécession et entame un parcours en solitaire.

Je me souviens enfin, au bureau national du PS où je siégeais au début des années 2000, de son engagement sur les questions internationales et son soutien aux leaders socialistes des pays du sud.

Sens de l’Etat mais aussi présidence éclairée du conseil général des Landes, positions exigeantes mais sans renoncer à exercer le pouvoir, colères mémorables mais préservation attentive de l’unité des socialistes : avec son décès, nous perdons une façon d’être socialiste, de celles qui nous ont menés à la victoire. Et, je le crois, à être utiles. Comme ce temps semble derrière nous.

19/03/2017
de irenefelix
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Benoît Hamon à Bercy

Dans le car qui nous ramenait de Bercy à Bourges, ce soir, nous étions quelques uns à avoir connu les rassemblements de Mitterrand au Bourget en 1988, ceux de Lionel Jospin (dont j’ai peu de souvenir), celui de Ségolène Royal à Villepinte en 2007 ou de François Hollande au Bourget en 2012. La tonalité choisie par Benoit Hamon ce soir, s’inscrivait dans cette lignée, de celle qui fait une large place aux références historiques (remontant d’autant plus loin qu’il s’agit d’éviter le passé proche), qui inscrit le temps présent dans le prolongement des combats antérieurs, qui s’adresse à la jeunesse et parle de valeurs plus que de programme. De belles images, des formules fortes, de l’émotion, aussi.

Ces propos-là rassemblent volontiers les socialistes, les hommes et les femmes de gauche. Nous ne pouvions y être indifférents. Et tant pis, pour un après-midi, si nous sentons de la distance avec telle ou telle proposition du candidat Hamon : elles étaient à peine esquissées. Pour ne heurter personne ? Comme cette inflexion, relevée au détour d’une phrase, sur le nucléaire ? Mais l’adhésion était là, la salle généreuse puis enthousiaste.

Un meeting de rassemblement, donc, comme à la belle époque. Sauf que l’époque n’est plus la même. Les socialistes concouraient, hier, pour gagner l’élection présidentielle étant assurés d’être qualifiés au second tour. Pouvons-nous en dire autant aujourd’hui ?

Et c’est donc avec au cœur de la tristesse que je rentre à Bourges. Alors certes, ne pas tuer l’espoir. Quinze jours, guère plus, pour faire bouger les lignes. Avant qu’il ne nous reste pour seule ambition que de faire barrage au FN.